Atteindre l’ODD 4 : la nécessaire contribution des ONG
27 avril 2022

  Six ans après l’adoption par l’Assemblée générale des Nations unies de l’Agenda 2030 pour le développement durable, où en sommes-nous et quel rôle jouent les ONG ?

En septembre 2015, l’Assemblée générale de l’ONU a adopté l’Agenda 2030 pour le développement durable, par lequel les chefs d’État et de gouvernement se sont engagés à atteindre 17 Objectifs de développement durable d’ici 2030, dont l’ODD 4 stipulant : « Assurer une éducation de qualité inclusive et équitable et promouvoir les possibilités d’apprentissage tout au long de la vie pour tous. » Étant donné que 64 millions d’enfants en âge de fréquenter l’école primaire ne sont toujours pas scolarisés et que 56 % de cette tranche d’âge n’atteignent pas le niveau minimal de compétence en lecture, la réalisation de l’ODD 4 nécessitera les efforts concertés de tous les acteurs de l’éducation. (Unesco, 2020 & 2019).

En effet, le Cadre d’action Éducation 2030 a reconnu que  » l’objectif ambitieux en matière d’éducation ne peut être atteint par les gouvernements seuls. Ils auront besoin du soutien de toutes les parties prenantes, y compris les acteurs non étatiques. » (Cadre d’action Éducation 2030). Cet article explore la contribution particulière que les ONG peuvent apporter à l’ODD 4, sur la base de l’expérience d’Aide et Action, une OSC de développement par l’éducation fondée en 1981 pour assurer l’accès à une éducation de qualité aux populations les plus vulnérables et marginalisées : en particulier les enfants, les filles et les femmes, dans 19 pays du monde, en Afrique, en Asie et en Europe.

Un chaînon manquant entre les institutions et les communautés ?

Au niveau local, les ONG jouent souvent un rôle clé pour combler le fossé entre les écoles et les familles marginalisées qui n’ont pas toujours les compétences sociales nécessaires pour faire face aux procédures administratives d’admission à l’école ou pour faire valoir leurs droits. L’accompagnement des familles vers un accès effectif à l’éducation est un élément constant des interventions d’Aide et Action, qu’il s’agisse de notre projet avec des filles en situation de handicap dans des communautés pauvres en Inde, ou de notre travail avec des enfants de familles allophones vivant en habitat précaire en banlieue parisienne.

Dans un autre registre, les initiatives d’éducation non formelle peuvent être un levier pour atteindre les personnes les plus éloignées du système scolaire. Au Niger, dans un contexte de crise sécuritaire, Aide et Action a mis en place 40 classes passerelles non formelles. En un ou deux ans, elles ont permis à des enfants non scolarisés de 9 à 14 ans d’acquérir des compétences de base, et les ont préparés à intégrer éventuellement des écoles régulières et à poursuivre leur éducation dans le système formel.

Une source d’innovation en matière d’éducation

Dans certains domaines, les ONG ont été pionnières dans l’élaboration de solutions aux problèmes éducatifs. Ce fut notamment le cas pour l’éducation en langue maternelle à travers les Écoles Communautaires de Base en Afrique de l’Ouest dans les années 1990. Ces écoles non formelles, gérées par la communauté, s’adressaient aux enfants non scolarisés et utilisaient les langues locales comme principal médium d’enseignement, avec une transition progressive vers le français au fil de la scolarité. Ce modèle s’est avéré fructueux et a ensuite été repris par un certain nombre de ministères de l’éducation.

Aujourd’hui, l’expertise des organisations de la société civile pourrait s’avérer essentielle pour atteindre l’ODD 4, notamment en ce qui concerne la promotion de la participation communautaire dans les écoles, l’inclusion des filles, des personnes en situation de handicap et des minorités ethniques, ou le développement de l’éducation au développement durable, à la paix et à la citoyenneté mondiale. Le principal défi est alors de développer des synergies avec les institutions publiques et les écoles.

Entre 2015 et 2020, dans la région de Casamance au Sénégal, Aide et Action et les autorités éducatives locales (Inspection d’Académie) se sont associées pour mettre en œuvre le projet PAEBCA visant à améliorer l’éducation de base dans la région. Il articule des activités menées par les services déconcentrés du gouvernement – notamment la construction de 30 nouvelles écoles et la formation de 1000 enseignants – et des activités menées par les ONG, telles que l’encouragement de la participation communautaire aux comités de gestion des écoles nouvellement construites, le développement d’activités d’éducation à la citoyenneté et à la santé dans les écoles. Les ONG et les pouvoirs publics doivent apprendre à établir de tels partenariats pour s’assurer que nous développons des actions cohérentes et coordonnées en faveur de l’ODD 4.

Faire entendre la voix de la société civile dans l’agenda mondial de l’éducation

Enfin, les ONG ont un rôle crucial à jouer pour informer le public sur le droit à l’éducation, alerter sur les questions d’éducation et suivre les engagements politiques et financiers en faveur de l’ODD 4. Cette responsabilité est cruciale, car au moins 148 milliards de dollars supplémentaires sont nécessaires chaque année pour parvenir à l’éducation universelle dans les pays à revenu faible et moyen inférieur d’ici 2030.

Ce rôle est notamment assumé par la Campagne mondiale pour l’éducation (CME), un mouvement composé d’organisations de la société civile qui vise à coordonner les voix en rapport avec l’agenda mondial de l’éducation. La CME est représentée dans près de 100 pays, où ses coalitions nationales incitent les gouvernements à respecter leurs engagements envers l’ODD 4. Plus largement, les ONG doivent agir comme des catalyseurs pour mobiliser les citoyens et porter leur voix aux niveaux local, national et international.

L’ambition de réaliser la scolarisation universelle est telle que faire cavalier seul est voué à l’échec. Les gouvernements, les ONG et les autres acteurs de l’éducation doivent développer des mécanismes pour mieux coordonner leurs actions et pour renforcer la participation de la société civile à la planification et au suivi des politiques. Une attention particulière doit être accordée au financement et au renforcement des capacités des ONG locales afin qu’elles puissent participer pleinement au processus. Unir nos forces et travailler ensemble est une urgence étant donné qu’il reste moins de dix ans pour réaliser l’ODD 4.

 

Article disponible en anglais sur UNtoday, la revue officielle des fonctionnaires internationaux des Nations Unies à Genève.

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