Agir maintenant pour garantir l’éducation des filles
21 mars 2022

L’adolescence reste pour des millions de jeunes filles une période particulièrement difficile. Car dès lors qu’elles ont leurs premières règles, la porte de l’enfance et de l’innocence se referme. Car comment continuer d’aller à l’école en perdant du sang, sans accès à des toilettes et sans serviette hygiénique ? Cela semble inconcevable au 21ème siècle et pourtant, il s’agit là du quotidien de millions de jeunes filles.  Un quotidien qui n’est pas sans conséquence puisqu’il entraîne absentéismes et déscolarisations précoces.  

Des toilettes dans une école, cela semble anodin. Mais dans près de 6 écoles sur 10 dans le monde, cela reste un luxe. Et pourtant il s’agit bien là de répondre à un besoin essentiel, indispensable à tout enfant. Notamment aux filles, pour qui l’arrivée des règles à l’adolescence, souvent tabou, représente un obstacle majeur à la poursuite de leur scolarisation. Le manque d’accès à des serviettes hygiéniques, à des sanitaires ou à des lavabos, voire aux trois en même temps, les condamne à s’absenter de l’école 5 jours à 7 jours par mois. Et cet absentéisme répété favorise un abandon scolaire précoce. 

Prévenir les risques d’abandon

L’une des premières missions d’Aide et Action dans les écoles où elle intervient est donc de procéder à la construction de toilettes séparées pour filles et garçons. C’est notamment le cas dans près de 170 écoles du Bénin où Aide et Action intervient dans le cadre de « Agir ». Un programme qui vise à faciliter la scolarisation de près de 17 000 filles. « Aide et Action a construit beaucoup d’infrastructures dans mon école, notamment des latrines et d’un dispositif de lavage des mains. Avant nous n’avions pas du tout de latrines dans notre école. Mes camarades et moi allions faire nos besoins dans la nature ce qui n’était pas bon pour notre santé. Le poste de lavage de main aussi a été le bienvenu face à la pandémie de COVID-19 », explique Happy Gbakpo, élève en CE2 à l’Ecole Primaire Publique Azizakouè dans la commune de Ouidah.

Lever les tabous

« Les règles sont un processus normal dans la vie de nos filles, sœurs et mères. On ne peut tolérer qu’elles s’absentent 5 jours par mois. Il n’est pas nécessaire de les isoler pendant leurs règles comme le prescrivent certains rites et coutumes. Elles peuvent vaquer normalement à leurs occupations quotidiennes si elles sont dans la capacité de les accomplir. Il est juste indispensable de les sensibiliser et de leur apprendre à prendre soin d’elles et de leurs études. Je remercie grandement les enseignantes pour leur implication dans cette mission », explique Raymond Datin, président de l’association des parents d’élèves de l’école de Gonfandji. Aide et Action confie en effet à de groupes d’enseignantes et de mères le soin de veiller sur les jeunes filles, d’échanger avec elles sur l’arrivée de leurs règles et de les préparer à cette nouvelle étape de la vie. « En tant qu’enseignante, je participe à l’accompagnement des filles pour la gestion de leurs règles et c’est très important pour moi. Quand j’étais petite, je les ai très mal vécues. La première fois que je les ai eues, j’étais en vacances chez mon oncle au Ghana et il a failli me renvoyer au Bénin pensant que j’étais enceinte. Je souffrais beaucoup et je perdais beaucoup de sang, je manquais les cours pendant une semaine pour éviter d’être tachée en classe et devenir la risée des camarades. Un jour, ma professeure de SVT m’a fait remarquer que ce n’était pas normal de manquer l’école à cause de cela. Sans son intervention, j’aurais pu abandonner l’école », explique Inès KATCHA, enseignante en CE1 à l’école publique de GOLO – DJIGBE. Une intervention qui permet également de mieux connaître les jeunes filles, de lever de nombreux tabous et de renforcer leur protection. « Dans le cadre du programme Agir j’ai été chargée d’assurer le recensement des jeunes filles ayant leurs règles au sein de l’école afin de veiller à leur assiduité. Discuter avec elles a eu un effet positif, les absences ont drastiquement diminué. Mais les formations que j’ai reçues m’ont également permis de noter l’attitude étrange d’une élève réservée, craintive et souvent en retard. J’ai longuement discuté avec elle et j’ai compris qu’elle vivait un drame : elle était régulièrement abusée par son beau-père depuis qu’elle était en classe de CM1. Nous sommes six institutrices dans l’école et nous n’avions jusque là rien vu de sa souffrance ! », explique Ertosie Boko , enseignante en classe de CM1 à l’école Dagléta.

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