« Être une fille dans le système de caste en Inde, c’est pire que tout »

Crédit photo : Sandrine Assouline/Aide et Action

Naître fille en Inde condamne encore bien trop souvent à être privée d’éducation. Aide et Action développe ainsi le projet Enlight pour accompagner les jeunes filles en situation de grande vulnérabilité. Près de 300 d’entre elle, issues des communautés les plus marginalisées, sont aujourd’hui accueillies dans nos centres pour y recevoir cours de soutien et accompagnement personnalisé.

A une dizaine de kilomètres de Chennai, au moment où les bâtiments s’espacent les uns des autres, au moment où la nature reprend ses droits dans une Inde ultra urbanisée, vivent les communautés parmi les plus pauvres et les plus marginalisées. Cette caste stigmatisée, systématiquement accusée de vol et de félonie, vit loin des routes principales dans un hameau, composé de quelques maisonnettes éparpillées, toutes faites de bric et de broc, de tôles et de morceaux de ferrailles accumulés au fil des années. Au mieux, ces maisonnettes ne font pas plus de quelques mètres carrés… pour la plupart, une seule pièce les compose. On y mange, on s’y lave, on y dort à même le sol. Les plus chanceux, ceux notamment qui occupent de véritables emplois comme instituteur, médecin, ont une maison un plus grande, comportant généralement une pièce supplémentaire, une petite cuisine et parfois la télévision. « Ici les parents n’ont pas d’emplois stables. Ils travaillent au jour le jour, le plus souvent dans la construction. Ils touchent une aide de l’état, à peine €2.70 par jour et par adulte. Ils n’ont pas de quoi vivre dignement. » explique Albert Bosgo, Responsable Projet pour Aide et Action, qui a lancé autour de Chennai le projet Enlight.  « En Inde, il y a des castes stigmatisées et discriminées, mais être une fille dans ces castes, c’est pire que tout. », insiste-t-il.

Éduquer une fille, c’est éduquer une nation entière

D’où l’idée d’Aide et Action d’inciter les jeunes filles, particulièrement vulnérables, à aller et à rester à l’école, afin d’obtenir la meilleure éducation, seule issue possible à la pauvreté.  Et pourtant, les faire venir à l’école, faire en sorte qu’elles y restent et qu’elles apprennent ne fut pas une mince affaire. Dans le cadre du projet, il a d’abord fallu convaincre les communautés que l’éducation était plus importante que tout. Des réunions ont notamment été organisées une à deux fois par mois pour parler avec les familles, notamment les mères plus sensibles à ces sujet et plus investies pour leurs enfants. « Nous en profitons pour organiser des séances de sensibilisation sur l’hygiène et la nourriture, les parents en redemandent », explique Albert Bosgo. Aide et Action a ensuite développé au sein du village des clubs de soutien scolaire pour ces jeunes filles. 20 à 30 d’entre elles sont ainsi accueillies dans le centre de 16h 10 (fin de l’école) jusqu’à 18h, un deuxième groupe est pris en charge de 18h à 20h. Deux enseignantes l’animent chaque soir : Rhajamane, 50 ans, et Sophia Mary, 28 ans. Elles proposent un accompagnement personnalisé aux élèves notamment dans le but de leur faire faire leur devoir et leur donnent des cours d’approfondissement. Les jeunes filles sont ainsi évaluées régulièrement. Les enseignantes connaissent leurs niveaux et leurs principales difficultés. Des plans de développement individuels sont mis en place pour chaque enfant. Il y a donc un véritable suivi de ces jeunes filles, avec de possibles rencontres avec les enseignants pour les parents. Le centre d’activités pédagogiques organise également un suivi médical des jeunes filles et fait régulièrement venir des professionnels de santé.

Une issue à la pauvreté, aux mariages précoces, aux grossesses…

Aujourd’hui, la vision des familles entières sur l’éducation a changé. Adultes comme enfants y voient un moyen unique de sortir de la pauvreté. Pour  les jeunes filles, notamment, elle est bien l’unique issue au cercle vicieux qui les attend : pauvreté, mariage précoce, grossesse et une vie de misère sans aucune formation possible ni emploi. Toutes répètent donc en cœur vouloir étudier à tout prix et rêvent déjà de devenir médecin ou professeur. Peu d’entre elles, il est vrai, y parviendront, car ces emplois demandent des études longues qu’elles n’auront pas les moyens de s’offrir. Au cours de ces quelques années, de la primaire aux premières années de lycées, elles acquerront tout de même aux côtés d’Aide et Action les bases de l’éducation et un savoir qui changera leurs vies pour toujours. Certaines recevront une formation professionnelle, d’autres travailleront chez elle mais toutes auront conscience de l’importance de l’éducation et de la nécessité de scolariser leurs enfants.

 

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