Europe: la formation professionnelle, une solution face à la crise

Aide et Action /AEA : La formation professionnelle a souvent été déconsidérée en Europe. Comment l’expliquez-vous?

Stylianos Mavromoustakos / S.M : Depuis de nombreuses années, l’accent a été mis sur l’éducation générale et supérieure tant au niveau national qu’européen. L’éducation professionnelle a longtemps été considérée comme le parent pauvre du système éducatif.

Dans son discours lors du Conseil informel des ministres de la formation professionnelles à Bruges ; le 7 décembre 2010, Antroulla Vasiliou, Commissaire en charge de l’éducation et de la culture, a expliqué que dans de nombreux systèmes éducatifs, la formation professionnelle était perçue comme une part négligeable du système éducatif. Elle fonctionne souvent comme une issue de secours pour des jeunes n’ayant pas d’autres opportunités ou n’étant pas fait pour les études. Mais les temps changent et la réalité économique actuelle ne nous permet plus de négliger cet enseignement.

AeA: Selon la Commission Européenne, la formation professionnelle serait l’une des solutions pour redynamiser la croissance suite à la crise économique de 2008 ? Qu’en est-il ?

Au niveau européen ainsi que dans de nombreux états membres, il a été reconnu que sans formation professionnelle, l’Europe ne pourrait pas devenir l’une des premières économies au monde. Désormais le lien est fait entre formation professionnelle et développement des compétences essentielles. La contribution apportée par la formation à l’amélioration des qualités et savoirs individuels est aujourd’hui reconnue, même dans le cadre de l’éducation générale. Cela encourage nettement les interactions entre le savoir théorique et les activités pratiques.

On admet aujourd’hui que l’enseignement pratique favorise l’efficacité, l’innovation, la flexibilité et la créativité. Il renforce la cohésion sociale et améliore la mobilité professionnelle et géographique. Mais faire de la formation professionnelle une réponse à la crise va nécessiter une forte cohésion entre les politiques éducatives, culturelles, sociales et économiques. Il sera également nécessaire d’accroître l’impact des décisions du Conseil de l’Europe et de demander aux gouvernements de maintenir des niveaux d’investissements adéquats et de continuer à soutenir l’éducation durant la présente crise économique. Les autorités doivent également avoir la volonté de promouvoir et stimuler l’implication des acteurs publics et privés de la formation professionnelle.

AEA : De quoi manque aujourd’hui l’offre européenne pour soutenir la croissance ?

S.M : Il faut que l’on reconnaisse et valorise le rôle essentiel de la formation professionnelle (y compris la formation pour adultes) dans le développement économique et sociale. Il est important que les compétences techniques soient reconnues comme aussi importantes que les savoirs livresques.

Cet enseignement doit être à égalité avec l’éducation plus classique. Répartir équitablement les fonds publics européens et nationaux entre les deux types d’enseignement serait un premier pas dans la bonne direction.

Enfin, il y a en Europe 27 systèmes éducatifs différents. Aux Etats-Unis il n’y en a qu’ un seul. Les outils et els instuments que nous développons doivent être adaptés pour répondre aux exigences des différents systèmes éducatifs. Cette diversité n’est pas forcémment un obstacle, elle peut être une source de profit pour les états membres.

AEA : Que préconisez-vous pour y parvenir ?

S.M : Pour promouvoir la formation professionnelle en Europe, il faut désormais s’accorder sur un calendrier commun, un système de contrôles réguliers et des indicateurs d’efficacité entre les différents états membres.

L’EFVET, qui est une association professionnelle unique en Europe crée par et pour les prestataires de l’enseignement technique et professionnel, a un rôle clé à jouer dans ce contexte. En rassemblant les réseaux de l’enseignement professionnel et en favorisant le partage de connaissances et de bonnes pratiques entre les états membres, elle est une véritable plateforme d’influence qui peut contribuer au débat européen sur la formation professionnelle.
Pour l’EFVET, il importe que soit développée une stratégie d’apprentissage sur le long terme basé sur les connaissances, les techniques, l’expérience et les résultats d’expériences et d’apprentissage. Nous devons mettre en place les instruments pour promouvoir la coopération entre les acteurs de l’éducation, les agences pour l’emploi, les autorités locales et les partenaires sociaux. Il faut faire de la formation professionnelle une voie de carrière ainsi qu’un instrument de cohésion sociale.

AEA: Aide et Action mène actuellement un projet de formation professionnelle en Haïti. Qu’en pensez-vous ?

Des projets de ce type représentent un pas dans la bonne direction. Nous devons lutter contre la pauvreté en accompagnant des gens sous-qualifiés de manière à leur permettre d’acquérir les connaissances, capacités et compétences qui les aideront à accéder à un avenir meilleur dans leur propre pays. Cela serait un instrument nettement plus efficace pour éviter les grands flux de migration de population à la recherche d’un avenir meilleur. Une main d’œuvre plus qualifiée aiderait l’économie nationale en attirant d’avantage d’investissements étrangers.

Sur le même thème :

No Results Found

The posts you requested could not be found. Try changing your module settings or create some new posts.

Les projets liés :

fr_FR