Le 28 mai marque la Journée mondiale de l’hygiène menstruelle. Cette date vise à briser les tabous et à garantir à toutes les personnes l’accès aux produits d’hygiène. Pour Action Education, c’est l’occasion de rappeler que l’hygiène menstruelle n’est pas qu’une question de santé, mais une condition essentielle d’accès à l’éducation.
La précarité menstruelle : une urgence mondiale
Chaque mois, plus de deux milliards de personnes (1) dans le monde, soit une personne sur quatre, ont leurs règles. Pourtant, selon la Banque mondiale, environ 500 millions de femmes et de filles manquent des ressources nécessaires pour accéder aux protections hygiéniques. Cette « précarité menstruelle », définie par l’incapacité d’accéder aux protections, aux installations sanitaires ou à l’information, entrave leurs droits fondamentaux.
En France, le constat reste alarmant : 1 femme sur 3 est confrontée à la précarité menstruelle, et 4 millions de personnes manquent de protections périodiques (2). En réponse, l’État a lancé le remboursement des protections réutilisables pour les moins de 25 ans et généralisé les distributeurs dans les universités. Or, cela ne suffit pas.
L’impact dévastateur sur l’éducation : pourquoi les filles décrochent ?
Que ce soit en France ou ailleurs dans le monde, l’arrivée des premières règles est souvent synonyme de peur et de honte pour les jeunes filles, faute d’information préalable. Sujet tabou dans de nombreuses cultures, les conséquences sont directes et visibles dès l’école :
- L’absentéisme : en Afrique subsaharienne, une fille sur dix manque l’école pendant son cycle, ce qui représente une perte de 20 % du temps scolaire annuel, selon une estimation de l’UNESCO.
- Le manque d’infrastructures : sans latrines séparées, propres et sécurisées à l’école (avec un accès à l’eau et des portes qui se ferment), les filles n’ont d’autre choix que de rester chez elles car elles ne peuvent se changer en toute sécurité.
- La stigmatisation : au Bénin, une enquête sur la gestion de l’hygiène menstruelle en milieu scolaire montre que 29 % des filles s’absentent par peur des moqueries de leurs camarades (3).
Avoir ses règles a par conséquent un véritable impact sur la continuité éducative des filles. En plus de l’absentéisme lié au manque d’infrastructures et à la stigmatisation, les familles préfèrent retirer les filles de l’école pour éviter qu’elles fassent des rencontres et tombent enceintes. Ainsi, pénalisées par ces absences répétées, elles finissent par décrocher et à abandonner complètement l’école avec l’accord des familles.
Faire des règles l’affaire de toutes et tous
Action Education défend l’idée que l’éducation pour toutes et tous est une affaire collective et que nous devons ensemble lever les barrières et freins à son accès. Impliquer toute la communauté, y compris les garçons et les hommes, est essentiel pour déconstruire les tabous et les inégalités de genre.
- À l’école : les séances de sensibilisation sur les règles permettent à toutes et tous, y compris aux garçons, de comprendre que les règles sont saines et naturelles. Cela réduit notamment les risques de moqueries et de honte dont sont souvent victimes les jeunes filles.
- Au sein de la communauté : l’association sensibilise les professeurs, les autorités publiques, les leaders religieux et les populations pour qu’ils deviennent des défenseurs des droits des filles. À Madagascar, les clubs « Bandy Miabo » (hommes positifs) du projet Sandratra sont composés de volontaires qui déconstruisent les stéréotypes sexistes et s’engagent activement pour les droits des femmes, prônant ainsi une véritable masculinité positive.
- Au sein des familles : le rôle des parents est essentiel dans la lutte contre l’exclusion des filles pendant leurs règles, afin de les encourager à vivre normalement :
« Les menstruations sont un processus normal dans la vie de nos filles, sœurs et mères. (…) Il n’est pas nécessaire de les isoler pendant leurs règles comme le prescrivent certains rites et coutumes. Elles peuvent vaquer normalement à leurs occupations quotidiennes si elles sont dans la capacité de les accomplir. (…) Il revient à la communauté de les sensibiliser afin qu’elles prennent davantage soin d’elles-mêmes et de leurs études. »
Raymond DANTON, Président de l’association des parents d’élèves de l’école de Gonfandji au Bénin
Action Education propose des solutions concrètes
L’association déploie des programmes adaptés aux réalités locales pour faire en sorte que les règles ne soient plus un obstacle à l’éducation des jeunes filles.
Bénin : Le pouvoir des « personnes ressources »
À travers le Projet d’Appui à la Gouvernance et aux Initiatives Relais pour une éducation de qualité (AGIR-Bénin), Action Education a contribué à la formation de 128 personnes ressources (autorités éducatives et parents d’élèves) pour accompagner les filles.
- Des « causeries » régulières permettent de briser le silence en milieu rural où la sexualité est taboue.
- La distribution de kits de serviettes réutilisables a permis à des élèves de retrouver le chemin des cours et même des activités sportives.
Témoignage d’une élève de CM2 ayant participé à ces activités :
« J’ai mes menstrues depuis deux ans. Je n’aimais pas en parler car j’avais honte. (…) J’ai été identifiée avec mes camarades par la personne ressource avec l’aide de l’animatrice d’Action Education pour bénéficier d’informations et de conseils pour la gestion des menstrues. Je suis maintenant plus à l’aise en classe. (…) si l’une d’entre nous a ses menstrues à l’école, nous n’avons plus peur ni honte parce que la maîtresse nous aide maintenant à gérer cela. ».
Burkina Faso : adapter l’environnement d’apprentissage aux besoins des filles
Au Burkina Faso, on estime que près de la moitié des filles décrochent et abandonnent leurs études dès le collège. Alors que 76,3 % des filles achèvent le primaire, seuls 46 % d’entre elles achèvent le premier cycle secondaire (collège), contre 56,8 % des garçons (UNESCO, 2025). L’écart se creuse encore davantage au lycée avec le risque croissant de mariages et grossesses précoces.
Actuellement déployé, le projet SCOLFILLE Post Primaire agit dans la province du Ziro, où la poursuite des études dans le secondaire se heurte aux freins liés à l’insécurité des filles sur le chemin de l’école (éloignement des établissements), au poids des réalités socio-culturelles (mariages et grossesses précoces), et aux violences basées sur le genre… Afin de surmonter ces obstacles, les équipes d’Action Education ont proposé des solutions concrètes :
- Mobilité : dotation de vélos pour les filles parcourant plus de 10 km, sécurisant ainsi leur trajet vers l’école.
- Autonomie : formation des jeunes filles à la confection de serviettes hygiéniques à partir de pagnes, rendant la protection accessible. Ces ateliers créent un espace de libération de la parole et de levée des tabous, où les participantes gagnent en confiance pour devenir actrices de leurs vies.
- Réhabilitation de latrines : construction de blocs adaptés aux besoins spécifiques (douches, intimité) pour la gestion de l’hygiène menstruelle.
Si ces solutions transforment déjà des vies au quotidien, elles prouvent surtout qu’avoir accès à des protections hygiéniques dépasse le cadre de la santé : c’est un véritable levier de développement pour les filles et les femmes.
L’urgence d’agir pour l’hygiène menstruelle
Mettre fin à la précarité menstruelle est une urgence politique et budgétaire. Source de discriminations, d’inégalités et de violences basées sur le genre, l’écoulement périodique vécu par près d’un quart de la population mondiale doit donner lieu à des mesures de protection et d’accessibilité :
- Rendre les protections hygiéniques abordables,
- Investir dans des infrastructures sûres,
- Garantir l’accès aux droits, à l’autonomie et à la confiance en soi des filles et des femmes.
A travers ces actions, nous construisons une société où chaque fille et chaque femme peut réaliser son potentiel, sans crainte ni honte. Parce que l’éducation ne peut pas attendre, et les règles encore moins.
📣 Soutenons ensemble l’accès aux droits des filles et des femmes dans le monde.







