Dans le département du Borgou au Bénin et la région des Savanes au Togo, l’exclusion scolaire s’aggrave sous la pression combinée de la pauvreté et des tensions sécuritaires transfrontalières. Pour répondre à cette urgence éducative, Action Education lance le projet « Tous à l’école ».
Déployée sur deux ans (2026-2028), cette initiative vise à scolariser et maintenir durablement plus de 46 000 enfants dans le système éducatif primaire, tout en agissant sur les causes profondes des abandons scolaires.
Un constat alarmant au cœur des zones à risques
Au Bénin et au Togo, plus de 300 000 enfants de 6 à 11 ans sont privés de leur droit fondamental à l’éducation (UNICEF, 2021). Cette exclusion massive les expose directement à des risques majeurs : travail précoce, mariages forcés, exploitation sous toutes ses formes ou encore recrutement par des groupes armés.
Dans ces régions frontalières, la détérioration du contexte sécuritaire entraîne des déplacements forcés de populations de plus en plus importants, accentuant la pression sur les infrastructures scolaires existantes. En 2025, on dénombre déjà plus de 43 000 personnes déplacées ou réfugiées dans le nord du Bénin et plus de 61 000 personnes déplacées dans le nord du Togo (HCR, février 2025).
- Au Bénin, plus de 200 000 enfants âgés de 6 à 11 ans ne sont pas scolarisés (UNESCO, 2022), dont 40,7 % dans le Borgou (UNICEF, 2021).
- Au Togo, plus de 100 000 enfants âgés de 6 à 11 ans ne sont pas scolarisés (UNESCO, 2022). La région des Savanes, où le taux de pauvreté atteint 64 % (Banque mondiale, 2024), concentre à elle seule 34 % de ces enfants exclus.
L’enquête de terrain menée par Action Education en juin 2025, démontre que les communes ciblées par le projet souffrent d’une exclusion bien plus sévère que ne le laissent paraître les moyennes nationales.
Cette précarité économique extrême contraint de nombreuses familles à faire des arbitrages douloureux pour assurer la survie quotidienne du foyer, au détriment du parcours scolaire des enfants.
Déconstruire les idées reçues : comprendre les réels facteurs d’exclusion
L’étude menée par Action Education permet de déconstruire une idée reçue : non, l’absence de scolarisation ne résulte pas d’une désaffection ou d’un manque d’intérêt intrinsèque des parents pour l’école. En réalité, les familles expriment un attachement sincère à la scolarisation de leurs enfants. Cependant, face à la pauvreté, elles se voient contraintes de prioriser les besoins vitaux immédiats et les activités génératrices de revenus.
Les coûts indirects de la scolarité — achat des fournitures, uniformes et surtout cotisations aux Associations de Parents d’Élèves (APE) — constituent une barrière financière infranchissable pour de nombreux ménages modestes. L’arbitrage défavorable à l’éducation est donc le produit de contraintes économiques structurelles.
Outre la pauvreté, l’exclusion scolaire s’explique par un faisceau de facteurs systémiques interdépendants :
- Les stéréotypes de genre : en période de crise financière, la valeur accordée à la scolarisation des filles s’effrite davantage, faisant des inégalités de genre la première cause de non-scolarisation au Togo et la troisième au Bénin.
- L’absence d’état civil : le manque d’actes de naissance crée un blocage administratif insurmontable pour l’inscription officielle et le passage des examens.
- La stigmatisation du handicap : les enfants en situation de handicap souffrent à la fois de représentations sociales négatives et d’un manque criant d’infrastructures ou de matériels adaptés.
- L’éloignement et le déficit d’infrastructures : les distances à parcourir et la faiblesse des capacités d’accueil réduisent l’accès physique à l’école.
- L’insécurité et la mobilité forcée : les parcours migratoires et les déplacements de populations fragilisent le suivi éducatif et augmentent les risques de décrochage.
Plus de 30 ans d’engagement : une approche éprouvée sur le terrain
Présente au Togo depuis 1986 et au Bénin depuis 1993, Action Education s’appuie sur une solide expérience de terrain, avec plus d’une vingtaine de projets déjà menés dans la région. L’ONG a développé des réponses méthodologiques adaptées aux réalités locales, telles que le soutien à l’obtention d’actes de naissance pour lever les freins administratifs, ou la mise en place de modèles éducatifs alternatifs (écoles mobiles, centres d’apprentissage accéléré).
Le projet « Tous à l’école » s’inscrit dans la continuité directe des initiatives réussies AGIR au Bénin et ACTE Afrique (Bénin, Togo, Sénégal), ainsi que du dispositif de rattrapage des « Écoles Relais » déployé au Togo. Ces programmes ont largement démontré leur efficacité pour scolariser les enfants marginalisés, prévenir l’abandon scolaire et promouvoir une éducation réellement inclusive pour les personnes en situation de handicap.
Un programme global structuré autour de quatre axes majeurs
Avec le soutien de l’Agence Française de Développement (AFD) et des États hôtes, le projet « Tous à l’école » se déploiera de 2026 à 2028 dans 500 écoles primaires ciblées dans le département du Borgou au Bénin et dans la Région des Savanes au Togo.
Au total, l’initiative bénéficiera directement à 46 770 enfants et impactera positivement plus de 350 000 personnes au sein des communautés.
Le programme repose sur une stratégie intégrée :
- Faire venir/revenir les enfants à l’école : soutien matériel (kits scolaires, prise en charge de frais de scolarité, appui aux cantines) et prise en charge spécifique des enfants marginalisés, déplacés ou en situation de handicap (fourniture d’aides techniques de mobilité, soutien psychosocial).
- Permettre aux enfants de rattraper leur retard : construction et rénovation de bâtiments scolaires répondant aux normes d’inclusivité, accompagnées de parcours de remise à niveau accélérés pour réintégrer les enfants déscolarisés.
- Améliorer la qualité de l’enseignement : formation continue à grande échelle des enseignant·es et des équipes de direction à la pédagogie inclusive, à la gestion équitable des classes et au tutorat.
- Éviter les abandons : implication directe des structures locales dans la prévention du décrochage et le suivi régulier de la fréquentation scolaire.
Focus sur le déploiement au Togo : agir à la racine du décrochage
Au Togo, l’action couvrira 250 écoles primaires réparties dans les cinq communes cibles du Nord. Le projet y prend une dimension stratégique centrale pour enrayer l’abandon précoce.
Narzoume Tchingue, Directeur pays d’Action Education au Togo, rappelle la gravité des enjeux :
« Les données du ministère de l’Éducation nationale et de nos enquêtes de terrain de juin 2025 révèlent un constat saisissant. Si le taux de scolarisation atteint 89,6 %, le taux d’achèvement au primaire plafonne à 70,66 %. On note donc que près de 20 % des élèves abandonnent avant la fin du cycle primaire. Cette situation tend à s’aggraver avec les récents phénomènes de migration de la jeunesse de la région des Savanes. »
Pour inverser cette tendance au Togo, le projet ciblera 14 830 enfants à travers un premier volet Intégration et Réintégration des enfants hors système scolaire, ainsi qu’un deuxième volet Maintien Scolaire et Prévention du décrochage visant à garantir la continuité éducative.
Une dynamique partenariale pour un impact durable
La pérennité des résultats repose sur une concertation étroite avec l’ensemble de l’écosystème éducatif et social. Action Education travaille main dans la main avec les autorités locales, dont les Ministères de l’Éducation et des Affaires Sociales, ainsi que les Associations de Parents d’Élèves (APE).
Les principaux impacts visés au terme de ce projet :
- Accès inclusif, durable et équitable à l’éducation de 40 000 enfants non scolarisés, renforçant ainsi leurs chances de réussite.
- Renforcement des capacités locales via la prévention et la prise en charge précoce du décrochage scolaire.
- Amélioration de la qualité et de l’inclusivité de l’offre éducative intégrant un accompagnement psychosocial et pédagogique adapté, favorisant l’épanouissement des enfants dans le système scolaire.
En renforçant les compétences locales, en transformant l’école en un espace sécurisé et protecteur, et en levant les barrières économiques et sociales, le projet « Tous à l’école » concrétise le droit à l’éducation pour chaque enfant, sans distinction.
Soutenir Action Education est bien plus qu’un simple acte de générosité. C’est un engagement pour l’éducation et la construction d’un monde plus juste et équitable.











