Témoignage : « Je sais que l’éducation peut changer leurs vies »
4 mai 2022

Crédit photo: Madhu Panday

Rencontre avec Deepika, assistante sociale engagée au sein du projet Pahal mené par Aide et Action et son partenaire Prayas à New Delhi en Inde pour accompagner les enfants de femmes travailleuses du sexe. 

« Au début, j’étais assez effrayée de fréquenter le quartier de GB Road, malheureusement célèbre pour sa prostitution. Tout mon voisinage me jugeait. Mais jour après jour, je me suis liée d’amitié avec les travailleuses du sexe. Elles ont commencé à me faire confiance et à me raconter leurs histoires. Chacune a un passé douloureux, fruit de la tromperie, de la pauvreté, du désespoir et du sacrifice. Elles vivent une vie de servitude et subissent de graves traumatismes physiques et mentaux. Leur santé aussi est constamment en danger. Les écouter est toujours traumatisant et me perturbe beaucoup. Aujourd’hui encore, j’ai du mal à comprendre comment un être humain peut être si impitoyable et cruel envers l’un de ses semblables.», témoigne Deepika. La jeune femme qui a récemment terminé ses études a rejoint en tant qu’assistante sociale l’équipe du programme Pahal, mené par Aide et Action et son partenaire à New Delhi en Inde.  

Stigmatisés dès la naissance

« Mon rôle est de faire en sorte que les enfants de ces femmes prostituées soient inscrits dans le centre que nous avons créé », explique Deepika. « Et ce n’est pas facile. Il faut ouvrir un dialogue, faire le lien entre les femmes bien sûr, les enfants, mais aussi les proxénètes qui contrôlent ces femmes et qui sont souvent les pères des enfants, avec les communautés de voisinage non-coopératives, l’école publique, la police et les départements/programmes gouvernementaux responsables du bien-être des femmes et des enfants. Étonnamment, le plus dur est parfois de convaincre les femmes elles-mêmes. Leur seule et unique préoccupation concerne l’avenir de leur enfant. Elles ne veulent pas qu’ils fassent partie de ce monde sombre, mais elles sont désemparées et impuissantes. L’une d’elle m’a un jour expliqué qu’une fille vivant dans le quartier chaud était, quoi qu’il arrive, destinée à devenir une travailleuse du sexe et qu’un garçon était destiné à devenir un proxénète. Elle a ajouté qu’en raison de leur profession, les enfants étaient stigmatisés dès la naissance et que rien ne pouvait les sauver… » 

Un autre avenir possible grâce à l’éducation

« Et pourtant, je suis convaincue que l’éducation peut changer leurs vies : à chaque fois que je rencontre un enfant, ma détermination se renforce. Je veux désespérément les sauver de GB Road et je fais tout pour convaincre les parents d’inscrire les enfants au centre. Là-bas, ils sont pris en charge dans un lieu adapté, à l’écart des maisons closes, afin de les écarter de l’univers malsain et des vices auxquels ils sont exposés jour et nuit. Dans le centre, ils sont supervisés par une équipe qualifiée qui leur propose des activités ludiques et pédagogiques. Les enfants sont également nourris et peuvent voir un médecin si nécessaire. Dès que les enfants vont mieux, j’encourage les parents à les envoyer ailleurs, chez un autre membre de la famille ou dans un internat. Un endroit sûr où ils pourront poursuivre leur éducation. Chaque fois qu’un enfant quitte GB Road pour chercher une vie meilleure, c’est comme si on ouvrait une fenêtre pour qu’il puisse s’envoler et explorer. »

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